Camps Odyssée

Mon camp!

Publié par Julie Côté Cyr
mardi 17 février 2015

J’avais 13 ans quand mon expérience en camp de vacance a changé ma vie.

Je n’avais pas beaucoup d’amis. Au secondaire, je ne savais pas comment faire le premier contact. Ça faisait plusieurs années que je fréquentais les camps de vacances, mais je m’inscrivais toujours avec une amie. Je n’ai donc
jamais senti le besoin de faire des contacts avec les autres filles de la hutte : j’en avais déjà une, amie. Faire le pas de plus m’angoissait profondément. Alors je ne le faisais pas.

J’avais 12 ans, mes parents m’ont envoyée Tournesol et je ne me suis pas inscrite avec une amie. Les deux premiers jours étaient terrorisants. En plus, c’était ma première année à Minogami, une affaire de conflit d’horaire avec nos traditionnelles vacances à Myrtle Beach, et mon père a décidé de me faire connaître le camp de son enfance (campeur dès 64, merci bonsoir). Je ne connaissais ni le camp, ni les moniteurs, ni les campeuses. Wigly ne sonnait
aucune cloche, je n’avais pas de plumes à mon bandeau (contrairement aux autres), et je ne savais pas plus quoi faire d’un aviron que d’un REER.

Après deux jours j’ai pris mon séjour en main. J’ai essayé d’aller vers les autres, on m’a accueilli à bras ouverts. Les monitrices m’ont fait sentir importante quand je partageais mes expériences durant le pow-wow. J’étais bizarre, mais personne ne me l’a fait sentir. J’ai vu Wigly (oui, oui, même à 12 ans on voit Wigly), j’ai eu ma plume jaune et j’ai fait une expédition sur le Saint-Maurice. On m’a fait sentir à la maison à 180km de chez moi. On m’a donné une place au sein d’un groupe et on m’a donné l’opportunité d’essayer, peu importe si je réussissais ou non.

Oui, il a plu en expédition, il y avait des moustiques au camp, j’ai eu chaud, j’ai eu froid, j’ai perdu mon chandail préféré, il y a eu des pas fines dans un de mes groupes et il y a eu des fois où je n’ai pas aimé le repas à la cafétéria.

Oui, j’ai embrassé des grenouilles, je me suis lancée dans le lac à peine réveillée, j’ai échoué plusieurs de mes épreuves de plumes, j’ai compté les étoiles, j’ai chanté faux, j’ai fait une folle de moi, je suis tombée en courant trop fort au Sticks et j’ai ramené à la maison la plus grosse blessure de guerre que j’ai jamais eue, j’en porte encore la cicatrice.

C’est un cheminement long s’ouvrir aux autres. Ça n’arrive pas en deux semaines. Mais c’est à Minogami que ça a commencé pour moi. Je ne dis pas que le processus est le même pour tous les enfants, mais pour moi, me lancer dans l’inconnu sans m’inscrire avec un ami pour béquille, ça m’a changé.

C’était le premier été de quatorze.

Julie Côté-Cyr